Commémorations à Newport
et premières étapes de la route Washington-Rochambeau
du 6 au 13 juillet 2005.
Un petit groupe se retrouve le 6 juillet.2005 devant le guichet d'Air France à Roissy Charles de Gaulle pour y accomplir les formalités destinées à embarquer pour Boston. Gérard Priet nous apprend le deuil qui vient de frapper notre collègue le comte de Trentinian. Nous avons tous une pensée pour son épouse et pour lui, qui s'est tant investi dans la préparation de ce voyage destiné à commémorer le 225ème anniversaire du corps expéditionnaire français à Newport. Gérard Priet se retrouve donc " de facto " notre chef, promu au feu.
A l'arrivée à Boston, c'est un temps d'automne qui nous accueille, pluvieux et froid, un temps exceptionnel pour la saison, nous dit-on ! Heureusement, deux jours plus tard, l'été est venu reprendre ses droits. Un arrêt à Bunker Hill, lieu d'un des premiers combats de la guerre d'indépendance le 17 juin 1775, nous met d'emblée dans l'ambiance de notre voyage. La visite de Lexington, le lendemain matin, va achever de nous y baigner. C'est en effet dans cette petite ville proche de Boston que le 19 avril 1775 fut tiré par un " minuteman " appartenant à la compagnie du capitaine Parker le premier coup de feu contre l'armée britannique. " With this shot, the American Revolution began ".

Photo Luc Bayard
La délégation à Lexington
(De gauche à droite: Luc Bayard, Catherine et Gérard Priet, Christine Bayard, Philippe Husson, Thierry de Seguins-Cohorn, Anne et Philippe Boby de la Chapelle. Manque sur cette photo Pierre Girard de Vasson, qui nous à rejoint à Newport)
En fin de matinée nous regagnons Boston où le consul général de France et son épouse nous accueillent très gentiment, avant que nous ne reprenions la route vers Newport. C'est dans ce petit port que le 11 juillet 1780, Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Lieutenant Général des Armées du Roi, grand croix de l'Ordre Royal et Militaire de Saint Louis, commandant un corps de troupe de Sa Majesté Très Chrétienne, débarqua de la frégate Amazone avec son état-major et pris pied en Amérique. Il sera suivi du 13 au 16 juillet par le débarquement de " 6 000 gallant officers and men of France ", transportés sur les navires appartenant à l'escadre commandée par Charles Louis d'Arsac, chevalier de Ternay. Le soir, nos collègues SAR du Rhode Island nous réservent un accueil très chaleureux, lors d'un dîner qui nous réunit au Clambake Club, un confortable cercle construit en bordure de la côte granitique et qui domine l'océan.
Le 8 juillet, c'est par treize coups de canon rappelant les treize états fondateurs, tirés par une pièce d'artillerie depuis les pelouses de " Colony House ", l'ancien hôtel de ville de Newport, que commencent les cérémonies commémoratives. Les troupes défilent dans les rues. Il ne manque pas un bouton de guêtre aux soldats du Royal Deux Ponts et les hussards de Lauzun ont fière allure ! Un général Washington plus vrai que nature est aux côtés d'un comte de Rochambeau à la perruque poudrée à frimas et d'un La Fayette s'exprimant en anglais avec un accent français très prononcé. Toute la ville est en fête. A Fort Adams, les troupes ont installé leur cantonnement et vont pendant quelques jours y vivre comme au XVIIIème siècle. La vérité nous oblige cependant à préciser que les matelas pneumatiques remplaçaient avantageusement les paillasses et que de modernes " sanisettes " faisaient office de feuillées.

Photo Pierre Girard de Vasson
Newport , 9 juillet 2005, cérémonie à la statue de Rochambeau
Durant deux jours, les manifestations vont se succéder, en présence de notre ambassadeur à Washington, monsieur Jean-Daniel Lévitte. Celui-ci, tant lors du cocktail donné par l'amiral commandant le Naval War College de Newport que lors de la cérémonie devant la statue de Rochambeau, a su en termes simples et directs rappeler à nos amis américains la longue amitié qui liait nos deux pays, née voici 225 ans à Newport, par un débarquement de troupes françaises, et qui verra en retour l'engagement des " boys " sur la terre de France en 1917 et en 1944. Un émouvant hommage fut rendu au chevalier de Ternay, mort à Newport le 15 décembre 1780, emporté par une fièvre maligne, et enterré dans le petit cimetière qui jouxte Trinity Church. A l'intérieur de cette église, un monument à sa mémoire a été érigé sur ordre du roi Louis XVI. C'est la mémoire de ce souverain français, fondateur de l'amitié franco-américaine, que Gérard Priet a remarquablement évoqué devant la tombe du chevalier de Ternay. Curieusement, à la fin de son allocution, au milieu des applaudissements, des cris de " Vive le roi " s'élevèrent des rangs formés par les " re-enactors " américains qui avaient revêtu l'uniforme des différents régiments français débarqués en 1780. " Very nice and moving but a bit old-fashioned ".

Photo Thierry de Seguins-Cohorn
Newport, 9 juillet 2005, le défilé des troupes
Après ces festivités, nous quittons Newport pour suivre la
" Washington Rochambeau Revolutionary Road " expression que nos amis
américains, qui adorent les acronymes, ont résumé en " W3R ". A Wethersfield,
au sud de Hardford, les Cincinnati et les SAR du Connecticut nous attendaient
à Village Tavern pour y partager un brunch, avant de nous guider pour
visiter ce village aux vieilles maisons de bois, très bien conservées, où
Washington et Rochambeau concertèrent leur stratégie. Nous faisons ensuite
étape pour la nuit à Westpoint, au mess de l'Académie militaire.
Le paysage décrit avec l'emphase propre à son époque par le marquis de Chastellux
dans ses " Voyages dans l'Amérique septentrionale dans les années 1780, 1781
et 1782 " n'a pas changé : " Tout à coup, au tournant d'un chemin, mes yeux
furent frappés du plus magnifique tableau que j'aie vu de ma vie ; c'est celui
que présente la rivière du Nord, coulant dans un encaissement profond formé
par les montagnes, à travers lesquelles elle a jadis forcé son passage ".
Le lendemain, notre petite troupe a atteint la dernière étape de son périple : New York. Nous allons nous recueillir à Ground Zero, à l'emplacement des deux tours détruites le 11 septembre 2001, drame qui marque encore profondément les États-Unis et qui a vu la France une nouvelle fois aux côtés de son allié américain, en rejoignant dès octobre 2001 la coalition " Enduring Freedom " et en s'engageant dans la " Global War on Terrorism " en envoyant des forces en Afghanistan et dans le Golfe.
Les SAR de New York nous ont réservé un sympathique accueil, réservant à notre intention un salon privé de l'hôtel particulier qui abrite la Frick Collection, sur la Fith Avenue. A l'issue du breakfast qui nous réunissait, une des conservatrices nous a proposés de la suivre pour découvrir les collections, avant que le musée n'ouvre ses portes au public. Nous avons enfin effectué une dernière visite sur la W3R, sous la conduite du président des SAR de New York, en nous rendant sur les champs de bataille de White Plains et de Philipsburg, où nous avons visité à Hartsdale la maison qui abrita du 6 juillet au 19 août 1781 le quartier général de Rochambeau, en cours de rénovation par les SAR new-yorkais et qui sera une des étapes de la route Washington- Rochambeau.
Cette route sera ouverte en 2006. De nombreux responsables des comités mis en place dans chacun des états traversés par la route nous ont abordés durant notre voyage, nous disant combien ils comptaient sur la présence de représentants français lors des cérémonies d'inauguration, pour marquer l'amitié qui unit depuis plus de deux siècles nos deux pays et pour rappeler la part prépondérante qu'a pris la France dans la naissance des Etats Unis d'Amérique. Aussi, retrouvons-nous nombreux en 2006 !
Thierry de Seguins-Cohorn