Voyage en Virginie et à Yorktown
(17-22 octobre 2006)
Sur le seuil de la résidence de notre ambassadeur, le Bagad de Lann-Bihoué donnait, dès le premier jour, le ton des célébrations du 225ème anniversaire de la victoire de Yorktown. S.E. Jean-David Levitte y recevait les 55 membres de notre délégation menée par Jacques de Trentinian, et composée de SAR, de DAR conduites par Christine Malphettes, Régente d'Etat, et Dominique Favreul, Régente du Chapitre Rochambeau, ainsi que de membres des amicales régimentaires des Hussards de Lauzun (colonel Dewas, 6ème Hussard), de Royal-Auvergne (général Prat, 18ème RI) et de Royal-Deux-Ponts (colonel Mudler, 99ème RI). A la fin de la réception, notre ambassadeur eut l'amabilité de conduire personnellement une visite détaillée de sa résidence, avec le contact chaleureux et la grande culture qui le caractérisent.
Le mercredi 18, le groupe, quittant Washington pour établir ses quartiers à Williamsburg, s'arrêta à Mount Vernon. Jacques de Trentinian et Christine Malphettes déposèrent une couronne sur la tombe de George Washington. Puis chacun put visiter la demeure qui fut témoin de sa vie quotidienne de planteur. Les eaux du Potomac, majestueux et tranquille, s'écoulaient en contrebas comme il y a plus de deux cents ans.
Le soir, à Fort Eustis, le banquet annuel du "Yorktown Day" permit de rencontrer les membres des 13 associations organisant cette commémoration, ainsi que des officiers de la frégate "De Grasse" venue représenter notre Marine aux diverses cérémonies. La Marseillaise et l'Hymne Américain furent chantés par tous les participants.
"Yorktown Day", le 19 octobre, fut un jour de mémoire, de fête et d'amitié. Une épaisse brume matinale couvrait la clairière où reposent les restes de cinquante français non identifiés tombés lors de la bataille. En présence de nos drapeaux, aux côtés d'amis américains, de marins du "De Grasse" et d'une délégation de Port-Vendres (ville jumelée avec Yorktown), la cérémonie fut sobre et digne. Des couronnes furent déposées, les sonneries retentirent, les hymnes nationaux furent chantés, et l'aumônier du "De Grasse" appela à la prière et au recueillement.
Quelques instants plus tard, toujours sous une forte brume,
nous étions regroupés devant le monument aux morts français où sont
gravés les noms de ceux qui sacrifièrent leur vie à la
cause
américaine: 3.520 marins et 1.520 hommes de l'armée de terre.
Notre
Ministre de la Défense, évoqua en français ces moments historiques où l'amitié
Franco-Américaine a pris racine. La brume s'était levée pour la Grande
Parade, le défilé où pendant une heure et demie se succédèrent enfants
des écoles de tous âges, marins français, troupes américaines, musiciens,
gymnastes, associations patriotiques. Notre délégation derrière ses drapeaux
fut amicalement reconnue et applaudie par des spectateurs venus de partout,
souvent
vêtus de costumes d'époque.
Une cérémonie plus conventionnelle succéda à la grande parade
au pied du Monument de l'Alliance et de la Victoire. Des officiels
de toutes appartenances firent échange de discours. Notre ministre de la Défense
reprit en anglais son allocution du matin en l'étoffant de considérations
plus actuelles, et le Secrétaire US à l'Intérieur évoqua à son tour nos liens
passés et présents. Puis, en ce haut lieu de fierté pour les Etats-Unis, une
cérémonie de naturalisation se déroula avec présentation individuelle des
impétrants, prestation de serment et prière. Dans l'après-midi, à proximité
du monument aux morts français, la W3R (Washington-Rochambeau Revolutionnary
Route) fut officiellement ouverte. Cette voie relie Newport à Yorktown selon
l' itinéraire suivi il y a 225 ans par les troupes franço-américaines. 
Le soir tombait. Notre délégation se rendit alors à la redoute 9 qui fut enlevée dès le 14 octobre par les régiments français de Gâtinais (Royal-Auvergne) qui y eut 15 tués et de Royal-Deux-Ponts qui en compta 3. Un cérémonial simple et authentique trouva spontanément sa place : appel des morts, Marseillaise, et "Eugénie", chant adopté par les amicales régimentaires présentes, qui évoque le départ des soldats vers l'Amérique et la promesse à leurs amours qu'ils reviendront, dans un an...
Pour parachever cette journée, il ne pouvait être porté meilleur témoignage de la force et de la sincérité de l'amitié franco-américaine, que le dîner auquel nous convia, en sa demeure de Williamsburg, le Général John Nicholson, en charge des cimetières militaires américains en Europe. La simplicité et la spontanéité de toute sa famille nous ont tous beaucoup touchés.
Le lendemain vendredi 20 octobre, une nouvelle cérémonie se déroula à l'Hôpital de Williamsburg où moururent de leurs blessures 124 français des différents régiments et, la base navale de Norfolk nous étant ouverte, nous montâmes à bord du destroyer lance-missiles DDG 81 "Winston Churchill" (32 officiers et 348 hommes et femmes d'équipage) qui nous fut présenté sous ses aspects les plus variés. Puis, en présence du VAE Sautter, Commandant la Force Française d'Action Navale, de marins du "De Grasse", du Bagad de Lann-Bihoué, d'amiraux et marins américains, hommage fut rendu à de Grasse, dont la statue érigée à Fort Story (old Cape Henry memorial), avoisine le site de la bataille de la Chesapeake que l'on peut contempler d'un promontoire tout proche.
Le soir, le dîner organisé au Norfolk Yacht and Country Club célébra 225 années d' alliance entre la France et les Etats-Unis d'Amérique. La route de retour le lendemain vers Washington nous permit de visiter Richmond et la maison de John Marshall, combattant de l'indépendance et premier Président de la Cour Suprême des Etats-Unis. Puis Gunston Hall, plantation ayant appartenu à George Mason, l'un des trois députés qui refusèrent de signer la Constitution de 1787, car elle n'était pas précédée d'un "Bill of Rights".
Avant de revenir en France, la journée du 22 fut elle aussi bien dense. Après le cimetière d'Arlington, les mémoriaux de Corée, du Vietnam et celui des Marines, et avant de passer devant la Maison Blanche et au square Lafayette, nous eûmes le privilège de voir s'ouvrir spécialement pour nous, en ce dimanche, la maison des Daughters, immense complexe, avec sa bibliothèque généalogique de 140 000 volumes, sa salle de congrès de 3.800 places et son musée. Et quelles colonnades majestueuses dans cet édifice bien digne des 168 000 Daughters américaines !La présence de Thomas et Mary Sisson, les leçons d'histoire prodiguées par Jacques de Trentinian, organisateur de notre expédition, et par le Professeur Patrick Villiers ont grandement contribué à la réussite parfaite de ce voyage. Qu'ils soient ici chaleureusement remerciés.
Jean-Louis CHATELAIN